Le 3 décembre 1967, le professeur Christiaan Barnard de l’hôpital du Cap (Afrique du Sud) réalisait la première greffe du coeur et ouvrait un chapitre nouveau de la médecine moderne. L’année suivante, le professeur Edmond Henry réussissait la première greffe du coeur française, offrant au patient traité 19 années de vie supplémentaires.

Mais cette innovation n’est possible qu’à la faveur d’un don d’organe, introduisant la notion d’interchangeabilité des organes humains. C’est aussi une étape supplémentaire vers l’objectification du corps humain, longtemps considéré comme un tout. Ici le parallèle entre le corps et la machine se fait net, puisque les organes ressemblent de plus en plus à des “pièces” d’un mécanisme qu’on interchange lorsque celles-ci se montrent défaillantes.

Ce sont les dernières réussites dans le domaine de la greffe de visage qui font émerger avec le plus d’acuité le problème de l’individualité du corps et de ses organes et tissus. Si la greffe d’un coeur n’implique pas de représentation de la personne donneuse, la greffe de visage, comme celle (partielle) réussie en France pour la première fois en 2005, injecte une symbolique supplémentaire à ce cas particulier de greffe. Si notre coeur n’est pour nous qu’un objet, comme postulé par certains courants philosophiques, car nous n’en avons qu’une appréhension médiate, notre visage est nôtre en ce que nous l’assimilons comme un élément central de notre personnalité.

En art, la dimension symbolique de la greffe de visage inspire surtout des films dramatiques, comme Les Yeux sans visage (de Georges Franju, 1960) dans lequel un père tente de voler un visage pour sa fille défigurée, ou encore le blockbuster Volte-face de John Woo (1997), plus récemment, où un officier de police se fait greffer le visage d’un truand afin de mener une opération de renseignement délicate.

Plus qu’une greffe de visage, il s’agit pour beaucoup d’un vol d’identité. Néanmoins une personne défigurée doit-elle être condamnée à n’être plus personne, ou bien la médecine peut-elle en faire quelque d’autre ? Le choix retenu est pour le moment d’aller plus loin encore dans la greffe de visage: une greffe complète de visage est en cours de préparation.

Laisser un commentaire

*
*