Le substantif féminin “santé” renvoie, dans notre vie quotidienne, à notre état de santé. Nous nous en souhaitons une bonne pendant les fêtes de fin d’année, et nous trinquons en l’invoquant. En ce sens, chacun de nous peut être en bonne ou en mauvaise santé. La santé est une réalité vécue par chacun, bien que nous n’y pensions la plupart du temps que lorsque celle-ci vient à être mauvaise. Cependant, selon un récent sondage du Wall Street Journal Europe, 38% des européens sont très préoccupés par la mort et la maladie. Et c’est justement la peur qui caractérise de la manière la plus marquante notre approche de la santé. D’autant que nous sommes pour la plupart frappés par une incapacité à conserver notre santé.
C’est de cette incapacité exacerbée par les grandes épidémies de peste et de choléra, couplée à la capacité montante depuis 2 siècles des médecins à nous guérir et à conserver notre santé, que notre santé est devenue la santé sur laquelle s’attelle le médecin. L’épidémie est d’ailleurs souvent l’élément déclenchant dans la décision de fonder une institution publique de gestion de la santé: ainsi en va-t-il du Ministère de la santé publique anglais, fondé en 1848 suite à l’épidémie de choléra qui a touché Londres, ou encore de l’OMS, suite à la pandémie de grippe espagnole en 1918.
Par là, la santé devient un domaine d’action politique. Une population décimée par une épidémie présente un problème autant sanitaire que politique: un royaume dont les sujets meurent en grand nombre lève moins l’impôt, mobilise moins de troupes en cas de guerre, et décline globalement. Quand la politique se mêle de sujets tels que la santé, il y a lieu de parler de “biopouvoir”, concept forgé par Michel Foucault dans son Histoire de la sexualité. Nos corps sont gérés par la puissance étatique afin de les maintenir dans un état qu’elle définit.
Les hôpitaux publics sont l’émanation de la décision politique, et le lieu du savoir sur la maladie. L’Etat délègue aux médecins le pouvoir de guérir ses sujets. Nous pouvons entendre l’hôpital comme le lieu de la santé (et de la maladie) par excellence. Un désaisissement s’opère sur le patient, dont la santé privée devient santé publique. De même que son corps appartient à l’Etat en cas de guerre, il lui appartient encore dans certaines prises de décision, en particulier celles touchant à la vie et à la mort. La bonne mort, ou euthanasie, est encore intolérable pour la puissance publique.